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L'ancien vignoble de la région de Vernon
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Du XVIIIe siècle à nos jours



Cette période qui commence  vers 1700 est caractérisée par une double transformation, à savoir l'accroissement de la population de l'agglomération parisienne (elle passe de 2 à 300.00 en 1600  à environ un million en 1789) et  la consommation du vin comme boisson populaire. Ces deux phénomènes  débutent au XVIè siècle, s'amplifient  au XVIIè et deviennent une vague déferlante au XVIIIè.   Effectivement,les goûts ont changé.  Le petit peuple se rue dans les cabarets  et commence à boire du vin tous les jours alors qu'avant  sa consommation était festive et assez exceptionnelle. Donc une énorme augmentation de la consommation.  Et  en plus, ce vin doit être rouge et non pas blanc. Et peu importe qu'il soit bon ou pas, il faut aussi qu'il soit bon marché!


 
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Une des tavernes les plus célèbres du XVIIIe siécle, celle de Ramponeau  dans l'actuel 19e arrondissement. On y vendait chaque jour  3000 litres de vin bon marché, dont celui de Vernon,




L’alcoolisme populaire :


Rappelez-vous la citation de cet économiste Boisguilbert qui déplorait qu'avec l'augmentation des prix du vin les pauvres ouvriers soient obligés de boire de l'eau au lieu de vin! Au XVIIIe siècle le nombre de cabarets explose et l'ivrognerie elle aussi même si on n' a pas de statistiques fiables. Bien que ce soit plus tardif, pensez aussi à  Zola, qui  dans l'Assommoir, décrit l'alcoolisme des ouvriers dont on trouve l'origine  dès le XVIIè siècle.



Pour répondre à ce nouveau marché citadin et populaire, les vignerons vont s'adapter de deux façons.

 * En  plantant  des vignes nouvelles,  y compris  vers les fonds de vallée sur des sols plutôt riches,lourds  profonds et gras. Ceci induit une forte vigueur de  la plante, une production importante, mais une faible teneur en sucres et polyphénols et une acidité élevée (donc un vin très médiocre)

 * En changeant les cépages pour obtenir  le vin rouge très ordinaire, bon marché, consommé dans les guinguettes des faubourgs.
On plante  donc  d'abord du  gamay,  qui sous des cieux plus cléments donne un vin assez fin mais avec le climat normand les raisins  mûrissent mal et ne donnent qu’un vin plat et grossier.

A partir de 1730 - 40, on plante en masse  un raisin noir de qualité très inférieure, le gouais  ;  c'est un gros producteur (2 à 4 fois plus que les cépages de qualité), il résiste bien aux gelées printanières mais  hélas, il  produit un vin de très mauvaise qualité.


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Gaillon sur le plan de Trudaine ( env 1750). On note que, mis  à part l’extrême fond de la vallée, les vignes ont tout envahi et arrivent  jusqu’au ras des habitattions.

La couleur du vin :
 C’est le soleil qui détermine la couleur d’un vin rouge:    il faut davantage de soleil  pour permettre la synthèse des colorants  que pour fabriquer les sucres du raisin et assurer la maturation. C’est la raison pour laquelle , les vins rouges sont toujours   clairs et peu
teintés. dans les régions  septentrionales ( on disait au XVIème  siècle  qu’ils sont «déchargés de couleur et clairets»)  et qu’on produit de préférence des vins blancs  (champagne et vins d’Alsace, vins de la Moselle et de Franconie en Allemagne)
       
Ne pouvant  produire le vin rouge très foncé que voulaient les consommateurs, nos vignerons savaient en fabriquer par le coupage avec  des vins grossiers mais très sombres qu'on nommait des «teinturiers» (le mot laisse deviner leur  mauvaise qualité gustative ) ou pire encore, si ça ne suffisait pas,  avec  l'adjonction de baies de sureau écrasées donnant  un authentique «gros qui tache ».

C’est ainsi que Vernon  a produit  ce qu'il y a de plus médiocre, pour ne pas dire mauvais ou même insalubre..
Notons quand même que nos vignerons n’étaient  pas les seuls à se distinguer dans cette recherche de la médiocrité. C’est toute l'Ile de France et même d'autres vignobles pourtant réputés auparavant, comme ceux d'Orléans et  d'Auxerre  qui produisaient le même genre de mauvaise boisson bon marché.



Méthodes de culture :

Il ne faut pas imaginer  l’ancien vignoble comme des beaux alignements de ceps bien espacés  et soutenus par des fils de fer.  La vigne était généralement cultivée en planches larges de  trois et à cinq rangs:  selon  la technique dite du provignage, c.a.d. un sorte de marcotage reproduisant  fidèlement la souche-mère  qui permettait  au vigneron de renouveler sa vigne à moindre frais, le prix d’un plant étant élevé.
Une vigne régulièrement provignée présente un aspect anarchique où se multiplient les échalas (pieux d’environ 1m25 à 1m35 ) qui servent de tuteurs aux pieds de vigne, extrêmement serrés puisqu’ils pouvaient être au nombre allant jusqu'à 20 000 à l’hectare.

Le provignage présente un inconvénient majeur  :  le coût d’entretien de la vigne. En effet, l’achat des échalas ainsi que  les travaux de la vigne rendus plus délicats en raison de cet aspect "en foule" entraînent une dépense non négligeable pour le vigneron.

 


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Carte postale de Saint Pierre d'Autils vers 1900 montrant bien la plantation "en foule"
 



L’enquête de 1808 et l’ultime déclin

Le ministère de l'intérieur à effectué une enquête en1808 sur le vignoble français et on a ainsi des informations  sur le vignoble de Vernon au moment où son déclin se précise.  Celui-ci,compte environ 579 hectares, ce qyui est loin d'être négligeable, avec deux lieux principaux de production, Vernon et Saint-Pierre-d’Autils, qui dominent clairement le reste. 

Les vignes sont bien tenues, elles sont « basses et de très belle venue « déclare le  sous-préfet des Andelys au moment de ectte enquête mais tout confirme que le vin  est de piètre qualité : il est souvent aigre et d’ailleurs une partie de la récolte est employée directement par des vinaigriers. Le sous-préfet  précise que seuls les vins de Giverny et Portmort sont « assez passables »  et que après le  mois de juillet  le vin est imbuvable. De plus il se vend  mal à  Paris, son débouché naturel, à cause des  taxes d'octroi. Le juge de paix de Vernon constate amèrement que « les vins faibles du très chétif vignoble de la vallée de Vernon ne sortent plus, depuis qu’ils sont soumis aux mêmes droits d’entrée que les meilleurs vins des premiers vignobles de France »


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Superficie des vignobles et production dans la département de l’Eure au XIXe siècle

Superficie exprimée en hectares, production en hectolitres.
Date
Superficie
Production
Date
Superficie
Production
1788
1973

1870-79
521
19550
1786-88

19730
1880-89
457
6852
1808
1845

1890-99
332
7501
181019550

70114
1900-09
250
4708
1824
1780

1910-19
45
317
1829
1679

1920-29
10
79
1826-28

30222
1930-39
10
349
1335
1677

1940-49
10
279
1840
1396

1950-59
2
72
1852
1136
26614
1960-69
1
6
1862
556
31067
1970-79
0
0


Le déclin du vignoble que l’enquête de 1808 laisse entrevoir s’accélère au long du XIXè siècle. Un seul exemple :  à Port Mort, le cadastre de 1791 indique encore de jeunes vignes nouvellement plantées. Par contre le cadastre de  1799 signale déjà de nombreux arrachages. Et de 60 h le vignoble tombe à 28 en 1810 et 5 h en 1866. Notons deux  cassures importantes: celles des années 1850 - 60 qui sont aussi celles du développement du chemin de fer qui permet de réduire les frais de transport des vins méridionaux.  Nos vins locaux ne peuvent lutter contre cette concurrence. La seconde cassure est celle de la guerre de 1914-18.
Les vignes disparaissent chaque jour car elles sont d'un entretien trop onéreux par rapport au revenu qui n'est correct qu'une année sur 2 ou 3 à cause du climat. N'oublions pas que nous sommes à l'extrême limite nord de la culture de la vigne.


Le phylloxera :

Contrairement à ce qu'on pourrait penser le phylloxéra à la fin du XIXè siècle n'est pas responsable de la disparition du  vignoble :  il n'est apparu que sur 4,5 hectares à Ste Genevieve les Gasny et  vers Gaillon les Andelys en 1896 et ces deux taches ne se  sont pas étendues. Au contraire même, le phylloxéra a apporté un coup de fouet temporaire au prix du vin qui , étant plus rare, était plus cher, donc plus rentable pour nos vignerons. Mais ce ne fut qu'un feu de paille.
 

 Ajoutez à cela une qualité  globalement médiiocre, voire franchement mauvaise. On a beau parler de quelques crus soit disant réputés, à Nonancourt, Marcilly, Ezy, Ménilles, St Pierre d'Autils, ce ne sont quand même que des vins juste au dessus du vin le plus commun. Partout, le recul s'accentue et s’accélère, (les surfaces passent d'environ 1900h en 1800 à 250 en 1900),  la vigne cède la place aux arbres fruitiers sur les coteaux de la Seine et vers 1950 - 60 tout et consommé....



Rivalités de clocher

Vers 1850 il était question de construire un pont sur l’Epte  (près de l‘ancienne gare de Giverny, là où est le pont aujourd’hui) pour relier Giverny à Limetz  . Consulté sur  ce  futur ouvrage, le conseil municipal de Giverny  a  argumenté que si ce pont était construit, il permettrait aux vignerons de Limetz  (village situé  2 ou 3 km plus loin)  de venir facilement à Vernon pour vendre leur vin,  ce qui concurrencerait les vignerons de Giverny. Donc, le conseil municipal s’est fortement prononcé contre la construction du pont !

Plus tard, quelques passionnés  ont continué à produire un peu de vin pour leur consommation personnelle : parmi les dernières vendanges celle faite à  Evreux, avec une récolte de 4 hectolitres en 1965 et celle de Garennes sur Eure en 1970 avec 3 hectolitres.  Juste à côté de Vernon, à St Marcel il y avait aussi  M. Léon: en 1975- 80  il  faisait encore son vin et apportait régulièrement  quelques bouteilles au  banquet annuel des anciens combattants. Selon les années et donc selon la qualité du vin , les bouteilles de M Léon était rapidement vidées alors que d'autres années elles  repartaient à peine entamées!



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Une des trois parcelles autrefois exploitées par monsieur Glochon. Etat de la parcelle en 2010
Les vignes de M. Glochon à St Pierre d’Autils :

Monsieur Glochon a abandonné cette culture en 1970 car elle coûtait bien plus cher qu'elle ne rapportait: il fallait acheter le sulfate, le soufre, l'engrais et surtout les centaines de mètres de filets acryliques qui servaient à envelopper les rangs de vigne pour les préserver des oiseaux. «C'est ainsi», raconte M Glochon, « qu'en 1970 un samedi après-midi des nuées de sansonnets vinrent s'abattre sur le vignoble et mangèrent en 2 heures l'équivalent de 300 Litres de vin. Les filets acryliques n'avaient pas été livrés dans les délais prévus. Nous produisîmes, cette année là, à peine 150 litres de vin. »

 

  Que reste-t-il du vignoble vernonnais?


Bien peu de choses, si peu, quasiment rien en fait...

Les registres de l'’état-civil des communes de la région conservent le souvenir des milliers d’hommes et femmes qui ont travaillé et peiné dans les vignes et permettent aussi de visualiser le déclin du vignoble. Jusque vers 1830 - 40, nombreuses sont les mentions de vignerons qui se marient ou qui meurent. Puis, les mariages sont de moins en moins nombreux. Enfin, à partir de 1900, même les décès  de vignerons se font rares, preuve que le vignoble est lui aussi moribond.





Ci-contre : Acte de mariage  passé à St Marcel de  Léon Lecoq "vigneron"  fils de Louis Lecoq, décédé, et de Elisa Lampérière, "vigneronne", qui épouse  le 9 décembre 1884  Mlle Elvire Rouland, "vigneronne",  fille de  Maurice Rouland et de Joséphine Chéron, "vignerons"

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Plusieurs églises de la région conservent des chapelles ou des  statues ou des vitraux dédiés à   St Vincent  le  patron des vignerons. On trouve aussi la Vierge dite «Vierge des vignerons» à la Chapelle Réanville, des statues de saint Vincent, patron des vignerons à Saint Pierre d'Autils et à Vernon.  Aux Andelys, on note cette curieuse coutume vieille de plusieurs générations:  chaque automne, une frappe de raison est accrochée à la main d’une  statue du Christ ( porche de l’église du Petit  Andely).







A gauche: Vierge des vignerons» à la Chapelle Réanville-  A droite : saint Vincent à Saint Pierre d'Autils

Quelques  ceps de vigne redevenus sauvages dans la coteaux au dessus de St Just et St Pierre d'Autils ou de Giverny,  qui servent d'abri aux animaux et dont les raisins font la joie des oiseaux et de quelques promeneurs.  Autre reste du vignoble, quelques plantes commensales de la vigne,comme l'ail des vignes, le muscari  à toupet et le souci sauvage. Ajoutez à cela  quelques noms de rues : par exemple le chemin des Vignes à Villez sous Bailleul, la rue du Vin Bas, le chemin des Grandes Vignes.à Ménilles, la  rue des Vignes à Vernon.
Ci-dessus à gauche: muscari à toupet  dans les collines de Giverny. A droite : ancienne maison de vigneron ( XVIIIe s) 'à Saint Just
Ci-contre : plaques de rues à Vernon (à gauche) et à  Jouy sur Eure.

Quelques petites parcelles ont été replantées dans les dernières années par des municipalités, comme à Saint Marcel, ou des particuliers (à Gaillon) pour rappeler l'ancien vignoble vernonnais qui a tout de même vécu un millier d'années.. Notez aussi qu'il existe un vignoble commercial normand ( à Saint Pierre sur Dives) qui produit un vin de qualité  régulièrement  cité dans plusieurs guides des vins.

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