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L'ancien vignoble de la région de Vernon



Des origines au XVIIème siècle


Bien qu’il n’en reste aujourd’hui que peu de traces, le vignoble  vernonnais a  eu plus de 1200 ans d’existence et a fait de Vernon un centre viticole d’une certaine importance.

Géographiquement et géologiquement, nous nous situons dans la Bassin Parisien, qui, lui aussi, a longtemps porté le plus important vignoble de France. Climatiquement, comme dans l’Ile de France,  nous sommes à limite nord de la culture de la vigne, avec de nombreuses  années trop fraiches, trop humides et peu ensoleillées qui gâtent la production, tant en quantité qu’en qualité.

Le vignoble existait déjà dans notre région avant l’an 800, mais il s’est développé surtout à partir de l’an mil quand les ducs de Normandie ont voulu assurer l’autonomie de leur pays.

Dans la période 1000 - 1700, les consommateurs étaient de trois types, et tous recherchaient des vins de la meilleure qualité possible:
  * l’église, à la fois premier producteur de vin mais aussi premier consommateur;
  * une consommation princière et seigneuriale
  * à partir du XIIe siècle, la bourgeoisie, en plein essor, consomme du vin et investit dans des vignobles de la région.

Les bourgeois de Rouen :
les bourgeois de Rouen ont planté de la vigne jusqu'au coeur de la ville, dans le jardin de l'Hôtel Commun ( c.a.d. l'hôtel de ville) mais surtout ils ont investi dans le vignoble de la région de Vernon. Du coup, puisque ce sont ces mêmes bourgeois qui fixent le montant des  taxes communales, au XIIIè et XIVè siècles, les vins de Vernon peuvent entrer dans Rouen  sans payer de taxes contrairement aux  vins de l’Ile de France  taxés entre 13 et 20%. Et les Coutumes de Rouen de préciser l'aire géographique du vin de Vernon : « Le vin du cru de Vernon s'entend pour ce qui croit au dessus de Pont de l'Arche et jusqu'au pont de Vernon et les environs. »


Entre l’an mil et 1300, toute la Normandie se couvre de vignes, même là où elles ont le plus grand mal à pousser, comme sur les côtes de la Manche, dans les pays de Caux et de Bray, autour de Bayeux  ou aussi dans le Cotentin à Cherbourg !
Naturellement ces vignobles les plus téméraires  seront les premiers à disparaître  bien avant le XIVè siècle et seul le vignoble de notre région va subsister jusqu’à nos jours.


  Carte  des principaux vignobles. En rouge , grandes zones viticoles, toutes disparues avant le XVIè siècle, mis à part Argences ( près de Caen, vignoble disparu vers 1850) et la région  Vernon ( qui a perduré jusqu'au milieu du XXe siècle.)


Le vignoble de la vallée de la Seine et des ses affluents


Les vallées du triangle limité par Gisors, Pont de l’Arche et Dreux,  étaient couvertes de vignes. et particulièrement autour de Vernon. Nous étions ici en pleine région viticole, et des lettres de Charles VII de 1461 disent que « Vernon et cette vallée est assise en pays de vignes et il n'y a que bien peu d'autres labours », ce qui prouve l'importance du vignoble qui était alors principal élément de l'agriculture locale.




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Plan du XVIIIe siècle du château de Saint Just et ses environs.  On note la mention de vignobles sur les pentes devant le château

Quelques exemples :


- Vallée de l’Epte : l'Abbaye au Trésor à  Bus st Rémy  avait reçu des vignobles donnés part St Louis  en 1243  situés à Bray Lu.  La quasi totalité du domaine de Gasny   appartenait à St Ouen Les reste des vignobles de Gasny appartenait à Ste Catherine de Vernon.

- Vallée de l’Eure : Au XVIè siècle, Bueil exportait  en moyenne 300 pièces de vin par an  et en 1548, la rivière Eure a transporté  vers Rouen 31 bateaux chargés de 3440 tonneaux.

- Vallée de la Seine : La vallée avait des vignobles sur ses deux rives.   Par exemple l'Archevêché de Rouen possédait un grand domaine sur la rive droite,  à  Port Mort.
Sur l'autre rive, des vignes  sur le territoire dit de Longueville, terme qui désignait autrefois le versant gauche de la vallée de Vernon à Gaillon c.a.d. celui couvert aujourd'hui par les communes de St Marcel , St Just , Pierre d'Autils et St Pierre de Bailleul  L'emplacement du  vignoble de Longueville représente un choix judicieux car il associe la protection contre les vents  d'ouest qu’offre la forêt de Bizy et de St Just et un sol partiellement dérivé du calcaire grossier qu'un accident géologique a  placé ici et qui convient bien à la vigne.

Les principales abbayes normandes possédaient des vignes  à cet endroit. Au  XIIIè s., là s'entremêlaient les biens de la Trinité de Rouen, St Georges de Bocherville, Jumièges,  le bec Helouin, Montivillers, Fécamp,St Taurin d'Evreux, Bernay, st Evroult, la Trinité de Caen; Ste Geneviève à Paris, ND des Vaux de Cernay , St Amandà Rouen, l'Archevéché de Rouen, les templiers et hospitaliers de Renneville et de Bourgoult,  l'Hotel Dieu de Vernon, etc., etc...sans oublier le domaine royal qui avait repris celui des seigneurs de Vernon et qui à lui seul produisait 5 à 600 hectolitres.


Scène de vendanges - Riches heures du duc de Berry - XVe siècle
Notez l'aspect du vignoble totalement différent d'aujourd'hui : les pieds ne sont ni alignés ni conduits sur des fils, mais poussent sans ordre  apparent,  « en foule », comme on disait alors.

 Le déclin  (1250 -1700)


 Mais les difficultés s’accumulent: concurrence d’autres régions viticoles, comme la Bourgogne, par exemple, reliée par la Seine; concurrence du cidre, produit bien moins cher que le vin  et les pommiers  se multiplient au rythme où la vigne disparait; lourdeur écrasante des taxes sur le vin.

Les taxes

A partir du XVè siècle siècle, ce sont les taxes qui ont le plus contribué au déclin, taxes (surtout à partir de Richelieu qui avait la main lourde concernant les impôts) qui faisaient tripler  le prix de vente au détail dans les cabarets. des villes.
Un économiste de la fin du XVIIè, Boisguillebert, fait  cette remarque politiquement peu correcte de nos jours: « Les vins dans les débits (= les cafés) étant à un prix exorbitant, les pauvres ouvriers doivent boire de l'eau. »!

Autour de Vernon, dès le XVIè siècle furent arrachées de grandes surfaces de vignes «  les vignerons ne faisant pas leurs frais à cause du  grand nombre des imposts qu'ils fallait qu'ils payassent pour leur vin »   dit un écrivain du XVIIè siècle dans son livre La Muse Normande  Et notre écrivain d'ajouter « Ils jetaient leur paniers, hottes et serpes  en disant ' Que je sois pendu si je vais retaillant le branchage » et « on voyait les côtes à vignes transformées en jachères


Quelques exemples :

- Dans les comptes de la seigneurie de Breuilpont (vallée de l’Eure) en 1547  on peut lire :
« Vignes de monseigneur:  ces vignes contenaient primitivement dix arpents. (= 5 hect) Le Clos d'Aval contenant 4 arpents est en labours  faisant partie de la ferme; les autres, restés sans culture, sont  changés en haies et buissons. »
- Vers 1670, les moines de Ste Catherine à Vernon arrachent 3,5hectares qu'ils mettent en labour.

A la fin du XVIIème siècle, le marché  du vin des vallées de l'Eure et de la  Seine est peu florissant et est réduit  à une consommation  purement locale.
 
Consommation  locale :

Clients de   M. Maret, vigneron-agriculteur à Bueil dans la vallée de l’Eure au tout début du XVIIIè siècle :  des notables locaux, tels le notaire ou le curé de Villiers en Desoeuvre et les cabaretiers de Villiers en Desoeuvre, St Illiers le Bois, Breuilpont, Villegat, Pacy, Garennes, St André, Boudeville , Evreux  et Anet. Tous ces villages et petites villes sont dans un rayon de moins de 20km.

VIN NOUVEAU, QUALITE

A quoi ressemblaient au juste ces vins  anciens ? Nous l‘ignorons en grande partie, et c‘est du côté des  textes populaires  que l‘on trouve peut-être quelques jugements de buveurs.

Écrit vers 1200 par Jean Bodel d‘Arras, le  Jeu de Saint Nicolas met en scène un crieur de vin  dont les annonces rassemblent les expressions d‘usage courant sur le vin nouveau vendu à Paris: « Le vin est nouvellement en perce, à pleins pots et à pleins tonneaux, vin discret, souple, solide et  plein, courant comme écureuil en bois, sans nul goût de pourri ni d‘aigre ; il court sur lie, sec et vif, limpide comme larme de pécheur; s'attardant sur la langue. Voyez comme il mange sa mousse, comme on le voit sauter, étinceler e pétiller ; Garde-le  un peu sur la langue et tu sentiras  le goût passer au coeur».

En vocabulaire oenologique moderne, on peut dire que ce vin nouveau n‘a pas totalement achevé sa fermentation alcoolique et contient encore des sucres résiduels. qui le rendent agréable à boire. Mais certainement pas à conserver…  Ce sont des petits vins  de soif, de faible degré (7 à 8°, 10 , tout au plus dans les meilleures années) , des vins légers qui ne montent pas à la tête.


Qualité :

Il faut se souvenir que les vignerons d'autrefois ignoraient tout des processus physico-chimiques  de la fermentation et  ils ne disposaient d'aucun moyen de contrôler cette fermentation et d'agir sur elle. C'est seulement avec Chaptal – et la chaptalisation à la fin du XVIIIè siècle - qu'on a commencé à pouvoir le faire. Ceci veut dire qu'on ne peut absolument pas comparer la qualité d'un vin actuel avec celle qu'on peut imaginer aux vins  d'autrefois, car les techniques modernes permettent de faire un vin   acceptable voire estimable  avec n'importe quel jus de raisin, ce qui était tout à fait impossible auparavant.

Vendangeurs à Saint Pierre d'Autils vers  1900


Des avis partagés

On lit des commentaires flatteurs, mais bien des auteurs ne cachent pas leur révulsion pour notre «piquette»

- Robert de Torigny   au XIIème siècle  en parlant du vin de la proche région de Vernon : «des vins excellents»

- Dumoulin (sous Louis XIII) écrit: « dans les cantons orientaux comme à Vernon, Pacy, Evreux et Ménilles, se font de bons vins et principalement les années chaudes et sèches et passeraient bien pour du meilleur français » (= de l'Ile de France) »

- Un auteur de 1776 écrit :  «Que quelques géographes modernes viennent dire hardiment qu'il ne vient point de vin en Normandie, si la preuve que j'en apporte ne les satisfait pas encore, je les renverrai à l'excellent vignoble de Menilles, Vaux, Hardencourt, Ecardenville … paroisses situées à trois petites lieues d'Evreux, et dont le vin, en certains cantons, peut aller de pair avec celui de Bourgogne

- Dictionnaire des communes de l'Eure paru au XIXème siècle :  Ménilles  - près de Pacy - produit des vins d'un cru « estimé. »
- Anonyme du XVIe siècle :  « Ce territoire est hostile à Bacchus. »

- Anonyme du XVe sIècle :
    «Les vins de Haute-Normandie ne sont ni vineux, ni forts, ni généreux.
     Ne doivent être prisez et souhaitez qu'à défaut de mieux...»

- Olivier Basselin  (fin du XIVe siècle) :  
    «De Colinhout (le  vin de Jumièges) de beuvez pas,
     car il mène l'homme au trespas

- Regnard, un poète de la fin du 17°  visite la Normandie et à chaque étape il écrit quelques vers sur la ville traversée. Arrivé à Vernon, alors que nous espérons une description de notre ville à l'époque de Louis XIV, Regnard écrit:
    « De Vernon je ne dirai rien pour le mauvais vin qu'on y but. »

- Vous savez comment on nommait notre vin local? Le calloutin, un nom qui n'évoque guère la  notion de qualité.

Même à notre  époque, c.a.d. avec des techniques de vinification  plus évoluées et en cherchant à produire un vin de  la meilleure qualité possible, le résultat n'est pas excellent, loin s'en faut. (Il a fallu les toutes dernières années et que l'INRA mette alors au point des cépages adaptés à notre région pour pouvoir enfin produire un vin d'une certtainr qualité dans la  région de Vernon.)


Etiquette du vin dont il est question ci-contre
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Un habitant de St Pierre d'Autils, M Glochon,  raconte que son beau père avait planté 500 pieds à St Pierre d'Autils en 1950,  avec de bons  cépages. Mais malgré tous les efforts, la qualité n'était guère au rendez-vous: M Glochon écrit: «  Malgré sa belle couleur rubis, le vin gardait un arrière goût de vert, qui faisait faire la grimace aux dégustateurs non avertis. Une année, vers 1959 - 60 la récolte permit de faire  1000 litres d'un vin aigrelet ( au lieu des 500 habituels) qui ne titrait qu'à peine 9 degrés. La qualité était inversement proportionnelle à la quantité. (...) Le vin était destiné à la consommation familiale,une autre partie allait au bouilleur de crû pour être distillé, le reste  servait à faire du vinaigre. »




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