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Les " Rois Maudits " et Vernon


Un mariage (en grande pompe) et un enterrement (plus discret)

Marguerite de Bourgogne à Vernon

 

Les télévisions belge et française (et peut-être d'autres encore) ont diffusé " Les Rois maudits " à la fin de l'année 2005. Même si les auteurs de cette émission ont pu prendre des libertés avec l'Histoire (avec un grand H !) , cette série télévisée dans laquelle s'entremêlent intérêts, adultères, politique et religion repose sur une base historique dans laquelle notre ville de Vernon tient une place, certes secondaire, mais non négligeable.

Une partie des faits de cette fresque historique tourne autour des reines adultères - en particulier de Marguerite de Bourgogne.
Celle-ci était la fille de Robert II de Bourgogne et d'Agnès, une fille de Louis IX (saint Louis).
Le 23 septembre 1305, elle épousa le fils aîné du roi Philippe IV le Bel, donc l'héritier du trône, celui qui allait devenir Louis X, surnommé le Hutin (ou le Noiseux, à cause de son caractère querelleur.)

Or ce mariage a été célébré à Vernon...

On peut se demander pourquoi un mariage royal a pu se dérouler dans cette petite (et somme toute obscure) châtellenie.

Remarquons d'abord que le roi de France, à l'époque, n'avait pas de résidence attitrée, rien qui approchât la taille et la magnificence des futurs Chambord, Fontainebleau et encore moins de Versailles. La cour était itinérante, allant d'un château à l'autre, comme dans les royaumes du Haut Moyen Age. Peut-être était-ce en partie parce que le roi devait se " montrer " aux grands Seigneurs et au peuple de ses domaines, pour revivifier sans cesse le lien vassalique qui l'unissait aux élites du royaume ; mais aussi parce que, selon les théories économiques du Moyen Age, le roi devait " vivre du sien ", c.à.d. des ressources de son domaine royal (cens, droits de justice, tonlieux, péages sur les routes, etc.) qui étaient souvent payées non en espèces mais en nature. Le séjour dans une ville permettait de consommer ces produits et ne se prolongeait que le temps nécessaire à les épuiser. Le roi, accompagné de sa cour, c.à.d. de certains services administratifs et judiciaires, partait ensuite séjourner dans une autre ville royale.
Rien d'étonnant donc de voir la cour de Philippe le Bel s'arrêter à Vernon, en septembre 1305, une des villes du domaine royal depuis Philippe Auguste. Son ancêtre Louis IX n'avait-il pas fait ainsi plus de quinze séjours dans notre ville ?

Il faut aussi savoir qu'avant le XVème siècle, un mariage, même celui du fils du roi, restait une affaire privée et non une affaire publique ou politique dans la plupart des cas. (Attention, nous parlons là de la cérémonie de mariage elle même, pas du choix de la fiancée qui est un acte politique majeur longuement préparé par les deux parties.) C'est certainement la raison pour laquelle on ne dispose d'aucune information précise sur le mariage de Louis avec Marguerite dans les archives, qu'elles soient locales ou nationales.

De plus, on sait qu'avant le la fin du XVème siècle, la cour royale n'avait pas le faste et l'ostentation qu'elle allait prendre avec les derniers Valois et plus encore avec les princes de la Renaissance.

Rien n'empêchait donc un simple château comme celui de Vernon d'être le lieu d'un mariage princier que l'on ne considérait pas comme un événement politique majeur, mais comme une simple fête familiale.

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Les restes du château féodal où s'est déroulé le mariage royal

 

Les noces furent donc célébrées dans la chapelle du château, qui était dédiée à Saint Jean. Il n'était en effet pas rare à l'époque de célébrer les mariages dans les chapelles castrales, comme cela s'était produit pour Blanche de Castille et Louis VIII le 23 mai 1200 dans la chapelle du château de Port Mort, à quelques kilomètres de Vernon.

 

Après le mariage, l'Histoire de cette princesse et de son mari s'éloigne pour un temps de notre ville avant d'y revenir 10 ans plus tard.

En effet, si Marguerite de Bourgogne, avec ses cousines Jeanne et Blanche, est entrée dans l'Histoire, ce n'est pas pour son règne comme Reine de France mais pour le scandale, qu'on a connu à cette époque sous le nom de " l'Affaire des brus du Roi ".
Au printemps 1314, dénoncées par leur belle-sœur Isabelle de France, deux des trois belles-filles de Philippe le Bel sont convaincues d'adultère. Les deux coupables, Marguerite et Blanche, amantes de deux gentilshommes normands, Gautier et Philippe d'Aulnay, sont condamnées au mur, c.à.d. à l'emprisonnement à vie au Château Gaillard, situé aux Andelys (20km de Vernon).
Marguerite meurt en prison au bout d'un an ; Blanche passe dix ans au cachot : elle n'en sortira que pour prendre le voile à Maubuisson, où elle meurt en 1326. Quant à Jeanne, seulement coupable de complicité, elle est enfermée pour quelques mois dans le donjon de Dourdan.

 


Maurice Druon de l'Académie Française, dans sa fresque historique publiée de 1955 à 1960 sous le titre des Rois maudits a évoqué ce tragique épisode.
Quant à Alexandre Dumas, il a fait de ces épouses infidèles les héroïnes de son célèbre roman : La Tour de Nesle (1832).

La tour de Nesle telle qu'elle était juste avant sa démolition en 1663 - Plaque apposée à l'ancien emplacement

Cette tour, quai Conti à Paris, sur le site de l'Institut de France et de la bibliothèque Mazarine et démoli en 1663, passait selon une tradition légendaire pittoresque mais totalement fausse pour avoir été le théâtre des "orgies" des deux sœurs. La légende dit que les amants d'un soir étaient jetés dans la Seine, enfermés dans un sac. Peut-être les deux femmes pensaient-elles qu'un amant ne peut servir qu'une seule fois ! Le célèbre philosophe Jean Buridan aurait même pris soin de faire stationner une barque remplie de foin sous les fenêtres de la tour afin d'avoir la vie sauve quand les princesses le feraient jeter dans la Seine au petit matin….

C'est donc au Château Gaillard que Marguerite, préalablement tondue et vêtue de toile grossière, fut enfermée. Les chroniqueurs et les historiens ne sont pas d'accord sur les conditions de la détention ni sur son lieu exact: certains parlent d'appartement, d'autres de cachot, certains la voient enfermée dans la partie haute du donjon ouvert au vent et au froid, d'autres dans un cachot souterrain et précisent même qu'il s'agit de celui qui s'ouvre au pied du donjon, côté nord.


Le Château Gaillard aux Andelys - L'intérieur du donjon - L'entrée possible du cachot

Le beau père, Philippe le Bel, mourut à la fin de cette même année 1314 et l'arrivée sur le trône de Louis, devenu Louis X, compliquait la situation. Marguerite devenait du coup reine de France. D'une part on pouvait difficilement concevoir de laisser une reine en prison, d'autre part, chaque roi se doit d'avoir un héritier qui, à son tour montera sur le trône. Or des trois maris concernés par cette affaire d'adultère, c'est Louis qui manifesta le moins de mansuétude et il considéra que son honneur avait été irrémédiablement bafoué. Dans ces conditions, pas question de reprendre la reine à ses côtés. Mais plus question non plus d'avoir une descendance !
Louis devait donc trouver une nouvelle épouse - ce sera Clémence de Hongrie - mais il fallait que le pape annulât son mariage avec Marguerite. Mais voilà… celui-ci venait de mourir et les cardinaux étaient incapables de se mettre d'accord sur le nom d'un nouveau pontife.

C'est alors que Marguerite mourut le 30 avril 1315 (le 15 août 1315, selon certains).

Est-elle décédée de mort naturelle, liée au froid, à la misère physique de la détention et à la maladie ? Fut-elle assassinée sur l'ordre du roi ou avec le consentement tacite de celui-ci ? On ne le sait. Ce n'est qu'au XVIIème siècle qu'on commence à trouver chez les historiens l'hypothèse d'un assassinat par étranglement. Les contemporains ne parlent que d'une mort naturelle, mais quel chroniqueur aurait pu écrire qu'il en était autrement quand on sait le traitement horrible qui fut réservé aux amants, Gautier et Philippe d'Aulnay ?
Tout ce qu'on peut dire c'est que cette mort, naturelle ou pas, tombait au mieux pour arranger les affaires de Louis X…

Pour ce qui est de la suite, tous les chroniqueurs sont d'accord : Marguerite fut inhumée à Vernon, au couvent des Cordeliers (Franciscains mineurs) :
" A Vernon fut enseveli
Son Cors, chez les frères Menors,
Qui lui firent assez d'onnors ;
Sa sépulture noblement
Firent et molt dévotement
" écrit l'un de ces chroniqueurs, Geoffroi de Paris.

Nous retrouvons donc notre reine à Vernon après dix ans d'absence. Entre temps, son père, Robert II de Bourgogne, était venu mourir à Vernon et avait été enterré dans ce même couvent des Cordeliers (avant que ses restes ne soient transportés plus tard à l'abbaye de Cîteaux).


Vernon au XVIIIème siècle

Pourquoi dans ce couvent ?
Il était d'usage que les Reines de France soient inhumées dans une abbaye ou un couvent. Celui-ci était un des plus proches du Château Gaillard et de plus, il était situé dans le domaine royal. On peut aussi imaginer que, sentant sa fin venir, elle ait demandé à être enterrée dans ce lieu ou son aïeul Louis IX (Saint Louis), logeant au château royal juste à côté, venait souvent écouter la messe. N'oublions pas non plus que Marguerite connaissait cette ville puisqu'elle s'y était mariée dix ans plus tôt.

Quant au fait de savoir si elle fut inhumée dans l'église même, consacrée à Saint Eloi, où ailleurs dans le couvent, il faut se reporter au cas de sa cousine, Blanche. Après avoir passé 10 ans enfermée au Château Gaillard, elle put se retirer à l'abbaye de Maubuisson (près de Pontoise). Elle y fut inhumée en 1326, mais dans la salle capitulaire, comme si le passé adultère de cette reine (elle le fut pendant quelques mois) l'avait privée du droit à une sépulture dans l'église même. Alors Marguerite de Bourgogne fut peut-être aussi enterrée dans la salle capitulaire du couvent des Cordeliers.

Hélas pour nous, ce couvent a disparu à la Révolution, tout a été rasé, église, monastère et tombeau et rien ne subsiste pour nous indiquer où était la tombe et quel aspect elle avait.


L'emplacement de l'église des Cordeliers en 2005. Vue prise depuis ce qui était le chœur

Pourtant elle n'est peut-être pas loin ! Il se trouve que, par hasard, depuis la destruction du couvent, le terrain à l'emplacement de l'ex-église des Cordeliers n'a jamais reçu d'autres constructions que des hangars légers, donc sans grosses fondations qui auraient bouleversé le sous-sol. La majeure partie des fondations de l'église est toujours cachée sous le sol actuel.

Il est possible que la tombe de Marguerite soit encore là. Aujourd'hui, on trouve à cet emplacement un terrain vague qui risque d'être, dans quelque temps, transformé en parking. On connaît la loi qui oblige les promoteurs immobiliers à pratiquer des fouilles archéologiques à leurs frais à l'endroit où l'on soupçonne l'existence de vestiges anciens. Dans le cas qui nous intéresse, il n'est pas question de " soupçonner " ces vestiges, on a la preuve de leur existence.

Mais quel promoteur accepterait alors d'engager des frais énormes en s'intéressant à un tel terrain? Son sous-sol risque donc de rester encore longtemps mystérieux. Peut-être cache-t-il des trésors archéologiques et pourquoi pas la tombe de cette malheureuse reine de France ?…

 

Bibliographie

* Les reines adultères, étude historique
par Daniel Benguigui (non publié)

* Histoire de Vernon et de sa châtellenie
par Edmond Meyer - Editions Delcrois, Les Andelys, 1876

Remerciements particuliers à Monsieur Baboux du Cercle d'Etudes Vernonnais (société savante d'histoire locale ) dont l'aide a permis la réalisation de cette page.