TOITURES et FENETRES (page 1)


Page d'accueil
Photothèque
Généralités
Localisation à Vernon
Ossature
Bois courts et bois longs
Encorbellements
Le bois comme matériau
Hourdis
Montage de l'ensemble
Le décor
Toitures et fenêtres --- page 2
Plans et dimensions
La maison dans la ville médiévale
Pans de bois couverts et redécouverts
Essai de datation
Glossaire
Liens, bibliographie et remerciements
Webmestre - Contact



 

 




 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Toitures

La toiture est un des éléments essentiels de l'aspect de la maison

En regardant les enluminures du XVème siècle, on note que les rues des villes présentaient une succession de festes, maisons mitoyennes, à pignon sur rue, avec des toits élevés et pentus. On peut expliquer cette pente par l'héritage du toit de chaume incliné de 60 à 70° pour éviter la stagnation des eaux de pluie et par l'exemple des toits - eux aussi très pentus- des églises en construction à la même époque.







Le pignon permettait de réduire les aménagements de la façade - visibles de la rue mais coûteux - et aussi l'impôt foncier, le toisé, proportionnel à la longueur de la façade sur rue dans certaines régions. Mais il ne facilitait pas l'éclairage et la desserte de l'intérieur de la maison et surtout l'écoulement des eaux de pluie : les chenaux mitoyens en bois ou plombés, souvent engorgés de feuilles, se détériorairent vite et étaient sources de conflits avec les voisins.

Le système à mur gouttereau sur rue n'était pas forcément réservé aux demeures des plus riches et de nombreuses maisons populaires avaient adopté cette technique, même avec des façades étroites. Le mur de façade prend alors appui sur des pignons qui peuvent être maçonnés ( pour plus de solidité), et ceci supprime aussi le difficile problème des eaux de pluie qui sont dès lors rejetées dans la rue ou à l'arrière de la maison.

Dans la deuxième moitié du XVIème siècle, on est passé progressivement du mur pignon au mur gouttereau sur rue: les toits sont dès lors nettement moins pentus mais surtout cela change le sens des maisons qui, de perpendiculaires à la rue, deviennent parallèles à celle-ci. Souvent au fils des années des propriétaires de maisons contigues s'entendront pour réaliser une toiture unique qui couvre deux ancienne festes ou plus.

Exemples d'anciennes maisons à pignon sur rue ('festes') qui présentent maintenant un mur gouttereau sur rue. Un toit unique recouvre maintenant quatre maisons différentes:on parle alors d'un ensemble de maisons 'à une couverture'. (Deux d'entre elles n'avaient pas encore été restaurées quand la photo a été prise)

 

Rue Carnot

 

Victor Hugo avait déjà noté cette transformation quand il écrivait dans Notre-Dame de Paris : [la place de Grève] " était, comme aujourd'hui, un trapèze irrégulier bordé d'un côté par le quai, et des trois autres par une série de maisons hautes, étroites et sombres. La nuit, on ne distinguait de cette masse d'édifices que la dentelure noire des toits déroulant autour de la place leur chaîne d'angles aigus. Car c'est une des différences radicales des villes d'alors et des villes d'à présent, qu'aujourd'hui ce sont les façades qui regardent les places et les rues, et qu'alors c'étaient les pignons. Depuis deux siècles, les maisons se sont retournées."

Les couvertures ont longtemps été en chaume (souvent en paille de seigle , la plus résistante). Les incendies étaient fréquents, mais contrairemebnt à ce qu'on pense généralement, ils n'étaient guère causés par les pans de bois car a/ le chêne est peu combustible quand exposé à l'air depuis des décennies b/ il était complètement est encastré dans la bauge ou le plâtre, donc peu inflammable. La véritable raison des incendies était le chaume et si celui-ci était en très net recul dans les centres urbains dès le XVème siècle il a été long à disparaître totalement des villes. Les compte de Saint Maclou, à Rouen, mentionnent des toitures en chaume en 1563 et 1566. Une législation hostile et renouvelée, ce qui signifie qu'elle est aussi peu ou mal appliquée, se retrouve jusqu'en 1778 et 1782. Ainsi peut-on noter, parmi d'autres, les Arrêts du Parlement en 1675 qui interdisent (ou tentent d'interdire) de couvrir en paille dans les bourgs et les villes.

Le modèle de toiture utilisé dès la fin du XIVème siècle est dit " à fermes et pannes", ce qui est, en gros, le modèle encore utliisé de nos jours. L'élément de base est la ferme simple, un triangle isocèle composé de deux pièces inclinées et reliées ensemble en haut ( nommées les arbalétriers) et une pièce horizontale qui les relie, un entrait (à la base du triangle). De plus un poinçon vertical marque la hauteur du triangle.

Comme il a été dit en parlant de l'ossature, chaque ferme de charpente correspond à un cadre rectangulaire (ou carré) de l'ossature et forme avec lui une travée complète.

L'un des problèmes de ce type de charpente est qu'il ne permet pas d'utiliser au mieux le volume du comble, largement occupé par les pièces de la charpente et réduit par les pans coupés. C'est pourquoi, dès le XVème siècle, commence à apparaître le "comble à surcroît", encore appelé " à accroissement" ou encore "à exhaussement".

On modifie le dessin de l'ossature en la prolongeant en hauteur, au-dessus de la sablière haute du dernier étage par une bande supplémentaire, dite de surcroît, haute de 0,60 m à 1 m (en règle générale de 3 pieds )

Plan d'architecte du début du XIXème siècle - Sur la photo agrandie, on peut comparer le plan du même édifice avec et sans surcroît


Par rapport à la charpente du comble traditionnel apparaît alors une nouvelle pièces, le double arbalétrier, avec une jambe qui part de la sablière haute de l'ossature principale et une autre qui part de la sablière haute de la bande de surcroît pour rejoindre la précédente plus haut dans la charpente.


Schéma de gauche, ferme à pannes simple; schéma de droite
ferme à double arbalétrier sur surcroît

Double arbalétrier dans une maison du XVème siècle

 

L'objectif de tout ceci est de créer une pièce facilement habitable dans le comble, sans trop de pans coupés et du même coup sans trop de perte d'espace, et alors que la hauteur de la charpente du toit reste la même. (On remonte aussi l'entrait plus haut dans la charpente pour dégager de la place au sol. Cet entrait est dit alors 'retroussé'). De plus, cet agencement permet également de créer aisément des lucarnes dans ce comble.


A gauche: surcroît sur une maison du XVème, mais probablement postérieur à celle-ci.
Ci-dessus, sur une maison du XVIème siècle

Bandes de surcroîts sur des maisons XVIIème et XVIIIème siècle ( peut-être début XIXème pour celle de droite)

Rare encore au XVème siècle, le comble à surcroît se répand au XVIème et se généralise aux XVIIème et XVIIIème siècles dans la vallée de la Seine. Citons deux devis, l'un de 1404 à Rouen: "Le mur sera reformé pour faire surcroît afin qu'il y ait plus bel estage pour le grenier ", l'autre au XVIIème siècle: le comble sera à surcroît " pour estre de service à coucher des enfans ou autres "
Très courant dans la vallée de la Seine, le comble à surcroît est de plus en plus rare quand on va vers l'ouest de la Normandie: peu fréquent à Caen et Vire, il disparaît complètement à Bayeux , St Lo et Avranches. Par contre, il est très usuel dans d'autres régions de France, comme en Champagne.

>> Page 2 (Fenêtres)