OSSATURE (page 1)

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Un mur a deux fonctions principales : supporter la couverture et les planchers, et assurer la clôture de l'édifice. Dans un mur maçonné, ces deux fonctions sont assurées en même temps car la maçonnerie forme une masse homogène et peu différenciée qui, de plus, constitue un ensemble autoportant.
Par contre, les choses sont différentes avec un pan de bois : celui-ci est formé d'un certain nombre d'éléments qui jouent chacun un rôle bien déterminé et ont une fonction précise correspondant aux différentes fonctions du mur.

Au contraire, un pan de bois n'est pas autoporteur si bien que pour être stable il doit dépendre étroitement des autres éléments de l'édifice: sa stabilité est assurée par sa liaison avec les murs adjacents ainsi qu'avec les poutres des plafonds et la charpente du toit.
C'est pourquoi les poutres, qui sont simplement encastrées dans les murs de maçonnerie, sont au contraire soigneusement assemblées dans les pièces du pan de bois, ce qui les rend solidaires les murs porteurs. De même, les fermes de la charpente, simplement posées sur la partie supérieure des murs maçonnés, sont solidement ancrées sur la plus haute pièce horizontale du pan de bois pour le raidir davantage.

Parfois seule la façade de la maison est en pans de bois et les murs latéraux sont en pierre. (Notons toutefois que c'est exceptionnel à Vernon.) Dans ce cas l'assemblage des panneaux avec les murs latéraux est toujours semblable: les poteaux corniers terminent toujours le panneau. Autrement dit, ils ne s'encastrent pas dans les murs latéraux. Ainsi la façade à pan de bois est-elle dissociée des murs latéraux mais liée aux solives, aux planchers et à la charpente du toit.

Pour les raisons exposées ci-dessus, bien que la technique du pan de bois, ne concerne théoriquement que le mur, c.a.d. une paroi extérieure ou intérieure, elle implique une conception d'ensemble radicalement différente de la construction maçonnée.

Structure de base

Un mur en pans de bois est constitué de deux parties principales: l'ossature, et le colombage, auxquelles s'adjoignent des éléments complémentaires : le hourdis et le soubassement.

Ossature

L'ossature forme l'armature du mur charpenté, comme le font les montants métalliques ou en bois d'une serre et elle délimite chacun des panneaux du pan de bois.


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La structure est basée sur de gros bois verticaux appelés poteaux (en jaune sur le schéma) qui servent d'appui à chaque ferme (en gris).
Selon leur emplacement ces poteaux recoivent un nom spécial: poteaux corniers dans les angles, poteaux d'huisserie s'ils servent d'appui à une porte ou une fenêtre, poteaux médians quand ils se situent en milieu d'un panneau.
Ces poteaux sont reliés les uns aux autres par une poutre horizontale en haut et en bas en (bleu clair), appelée sablière (donc on parlera de sablière haute et de sablière basse), ancrée dans les poteaux corniers, d'huisserie ou médians.

Chaque cadre rectangulaire (ou carré) ainsi déterminé correspond à une des fermes de la charpente du toit et forme une travée complète : une travée comprend le pan de bois avant et celui d'arrrière ( éventuellement le pan de bois latéral si on se trouve en bout de construction) ainsi que les fermes de charpente qui correspondent. L'entrait de chaque ferme ( en bleu sur le schéma ci-dessous) est ancré dans la sablière haute de façon à empêcher le déversement des murs.


Schéma d'une maison à 2 travées
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A droite, 5 travées et les 6 fermes de charpente qui y correspondent (Rue Carnot)

 

Quand le soubassement en pierre a la hauteur du rez-de-chaussée, la sablière basse fait toute la longueur de la façade (du moins sur les maisons antérieures au milieu du XVIIème siècle) sans être interrompue par des portes ou des fenêtres.
Les solives du plancher s'appuient sur cette poutre qui est en général de très forte section.

Rue Malot

 

Le Colombage

Voici donc assumée la première fonction du mur : supporter la toiture et les planchers. Il reste à assurer la clôture de l'édifice : ce sera l'un des deux rôles du colombage.
Le colombage (en jaune sur la photo ci-dessous) est formé de l'ensemble des pièces de bois disposées verticalement entre les sablières. Il es t destiné à mainteniren place le matériau de remplissage (le hourdis) qui viendra se mettre entre ces colombes; il sert aussi à soutenir la sablière supérieure en l'empêchant de plier. . Pour ce colombage on utilise des poutres de16 à 20 cm de section (contre 25 à 28cm pour les poteaux).
Ces poutres sont désignées sous le nom de " colombes ", terme que certains ont très justement rapproché du latin " columna " (colonnes) puisqu'elles jouent un rôle similaire à ces dernières dans un bâtiment en pierre.


RuePotard
Les colombes de moindre longueur, prennent ces noms spécifiques: par exemple celles interrompues par les pièces disposées en oblique (les 'décharges' voir les détails plus loin) prennent le nom de 'tournisses' et celui de de 'potelets' lorsqu'elles sont réduites à une faible hauteur à l'aplomb des portes ou des fenêtres.


Portes et fenêtres viennent s'inscrire dans le pan de bois, et s'ordonnent en fonction des dispositions de l'ossature. Afin de ne pas affaiblir la structure, les ouvertures sont ménagées dans le colombage, adjacentes aux pièces principales de bois de l'ossature (fenêtre de gauche dans la photo ci-dessus) ou isolées en milieu de panneau (fenêtre de droite), mais jamais à l'emplacement d'un des poteaux.

Décharges
La stabilité verticale du pan de bois est assurée par l'équerrage des murs en retour, constitués des mêmes éléments et ayant en commun leurs poteaux corniers.

Mais cet ensemble manque encore de stabilité latérale, les cadres rectangulaires ou carrés ainsi délimités ayant tendance à se déformer, l'angle droit cessant de l'être et le cadre devenant un en parallélogramme. Divers systèmes sont utilisés pour raidir cette carcasse de bois, variant selon les régions, et parfois prétexte à des décors élaborés.


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Ils sont tous à base d'éléments obliques dont le plus simple est l'écharpe encore appelée décharge (couleur olivesur le schéma) c.a.d. une colombe placée en oblique et assemblée à la fois dans la sablière et le poteau, ou dans les sablières.
Disposées deux par deux, elles donnent des croix de St André, arrangement courant et motif décoratif en même temps.


Maison rue Bourbon Penthièvre et tourelle d'escalier, rue d'Albuféra : décharges assemblée à la fois dans la sablière et le poteau, ou dans les sablières.

Croix de saint-André, rue Bourbon Penthièvre


L'est de la Normandie (Vallée de la Seine, pays de Caux et Vexin) se distinguent du reste de la région et de nombreuses autres provinces françaises ou étrangères par la fait que la colombage ne compte qu'un nombre très réduit d'écharpes - le nombre strictement minimum pour assurer la stabilité, en fait - ce qui rend ces maisons relativement fragiles.

Deux maisons du XVIIème siècle, la première dépourvue de la moindre décharge, la seconde n'en comportant qu'une ou deux seulement.


Rue Bourbon Penthièvre

 

Il peut être intéressant de comparer avec le pays d'Auge, éloigné d'une cinquantaine de kilomètres à peine, qui utilise une triangulation puissante faite de 2, 3 ou même 4 écharpes parallèles. Cette dernière est plus efficace que la nôtre ainsi que d'autres types de triangulations qu'on trouve dans d'autres parties de la Normandie - sans parler d'autres régions françaises ou étrangères - et qui, en plus, peuvent avoir un intérêt décoratif incontestable.

Pays d'Ouche (à gauche) et pays d'Auge

Une question de vocabulaire : doit-on parler de colombage ou de pans de bois ?
'Pans de bois' est le mot générique qui désigne tous les types de construction utilisant le principe de l'ossature. 'Colombage' est plus spécifique: il ne désigne que les constructions qui comportent essentiellement des colombes et très peu de pièces obliques ( ce qui est le cas dans la plus grande partie de la Haute Normandie, mais pas en Champagne ou en Alsace, par exemple.)
C'est donc à tort et par extension qu'on parle de 'maisons à colombages' en Alsace...

 

Ce qui précède vaut pour les constructions à un seul niveau, où l'ossature forme un ensemble cohérent. Lorsque la maison comportait plusieurs niveaux, le charpentier avait deux solutions :

  • lorsqu'il disposait de bois de grande longueur, il pouvait utiliser des poteaux d'une seule pièce sur plusieurs étages, de la sablière basse du premier niveau à la à la sablière haute du dernier niveau, selon la technique dite 'à longs poteaux'ou 'à bois longs';

  • si les bois longs manquaient, le charpentier superposait plusieurs ensembles de base semblables à celui qui vient d'être décrit, sachant que la superposition entraînait des assemblages parfois complexes, surtout quand il réalisait des encorbellements.

Il n'est pas rare de rencontrer les deux systèmes utilisés en même temps dans le même bâtiment, avec un encorbellement pour la façade principale - en raison notamment des possibilités décoratives qu'il offrait - et des arrières aux structures plus simples.

 

Quelques notes sur sur l'évolution après le milieu du 16°siècle


Au milieu du XVIème siècle, peu à peu la technique de l'ossature se sclérose, perd sa richesse et sa vigueur et devient plus rigide et plus séche . C'est aussi l'époque où les charpentiers perdent peu à peu le droit de décorer les bois en les sculptant. Mais on n'assiste pas pour autant à une réelle diminution du volume de la contruction à pans de bois, du moins en Normandie et particulièrement dans la vallée de Seine. C'est que celle-ci reste quand même 25 à 30% moins chère que la construction maçonnée.


En même temps, la pénurie de beaux bois (utilisés par la marine en priorité), le réemploi de bois déjà usés et la mauvaise qualité de ces bois affaiblissent l'ossature et obligent à une triangulation systématique d'une grand partie de la façade en utilisant des décharges couplées: deux grosses poutres obliques forment un V renversé très ouvert, recoupé par des potelets verticaux, particulièrement au dessus des entrées cochères.

Ce mode décharge, spécialité de la vallée de la Seine et qu'on ne trouve nulle part ailleurs, a été utilisé longtemps après la Révolution. Notre ville en compte un certain nombre d'exemples.

Rue Sainte Genneviève ( à gauche) et rue d'Albuféra

La construction à pans de bois perdurera en Normandie jusqu'à la fin du XIXème siècle mais est devenue de plus en plus médiocre avec des bois malingres et fourchus, des bois de réemploi montés avec négligence, sans recherche d'effet et un colombage de plus en plus lâche.

 

Ancien hôtel du Grand Cerf, Place Chantereine

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