ENCORBELLEMENTS


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C'est entre 1400 et 1530 que se développe une figure architecturale particulière : l'encorbellement qu'on appelait 'gradins' à cette époque.


Pourquoi un encorbellement ?

On a dit de l'encorbellement qu'il est un dispositif de protection à l'eau de la façade. Chaque étage qui avance au dessus de l'autre le protége du ruissellement.. C'est important, car le bois doit être au sec pour pouvoir durer.

Intérêt fiscal : l'impôt foncier était calculé, entre autres choses, sur la surface au sol du bâtiment. Ainsi les étages, avec une surface au sol un peu plus grande grâce à l'encorbellement, présentaient-ils quelques mètres carrés non taxés. Un avantage financièrement limité mais pschycologiquement important car qui ne trouve pas plaisir à éviter de payer quelques sous ou quelques euros au fisc, qu'il soit celui des siècles passés ou de notre époque.

Abri pour sortir et exposer les marchandises. La boutique telle que nous la connaissons n'existait pas et la plupart des transactions commerciales se faisaient à l'extérieur. L'abri de l'encorbellement n'était pas à négliger avec notre climat assez humide.

En fait, ce ne sont que explications à posteriori, des raisons secondaires, alors que deux raisons véritables dominent:

    Le gain de place - jusqu'à 3 m² par étage / façade, ce qui n'est pas négligeable. C'est un moyen pour gagner de la place sur l'espace public - l'espace est limité dans une ville ceinte de remparts et largement occupé par des établissements conventuels. Citons, par exemple , ce devis rédigé pour l'Archevêché de Rouen en 1438 - 39: il 'agissait de construire une maison à "gradin pour saillir d'un pié pour eslargir l'espace de hault. "

    Un dispositif esthétique favorisant le développement d'ornements et de motifs décoratifs sculptés, en d'autres termes un procédé de construction à la mode pendant 150 ans. Cette dernière changera et verrra du même coup l'abandon des encorbellements pendant avec la Renaissance qui montre un goût spécial pour la pierre et non pas pour le bois.

Les principes de base

Il existe plusieurs types d'encorbellement . Arrêtons nous au plus simple d'entre eux :
Des pièces de bois d'un plancher, solives ou poutres, sont disposées en saillie, en porte à faux avec un dépassement plus ou moins important sur le niveau inférieur, Sur les extrémités dépassantes de ces pièces de bois viennent s'ancrer les éléments de l'ossature de l'étage supérieur.
Cet encorbellement simple et primitif est le plus ancien.



Maison XVème siècle, faubourg de Vernonnet


Poutres et solives
Avant d'aller plus loin, il faut distinguer entre les poutres et les solives.

Pour des raisons, où le technique rejoint l'économique, les poutres appelées aussi sommiers (en rouge sur la photo) sont toujours posées dans " le plus court de la maison " d'un mur gouttereau à l'autre (marqué en vert) , parallèlement au petit côté de cette maison (généralement rectangulaire étant donné son implantation en lanière ) qui sera en façade sur rue. Les solives sont disposées dans la longueur de la maison, perpendiculairement à la rue le plus souvent , cad d'un pignon à l'autre (marqué en jaune).

Par conséquent, l'encorbellement peut se situer du côté des têtes de sommier (on dit alors que c'est un encorbellement sur sommiers), ou côté des têtes de solive (on a un encorbellement sur solives) C'est la distinction la plus importante.

Dans l'un ou l'autre cas, le surplomb est porté par le débord d'un élément et le porte-à-faux participe d'une logique structurelle de l'édifice: elle améliore la portée des planchers et la stabilité des bâtiments.

Par contre il est une autre procédé d'encorbellement dans lequel le surplomb est porté par un organe spécifique (corniche, corbeau ou pigeâtre) Ce procédé n'apporte pas d'amélioration en terme de structure et même souvent est une cause de faiblesse de l'ossature.

Poteau élargi et pigeâtre

Le pigeâtre ( àdroite) est la même chose qu'un corbeau, mais en bois. C'est une sorte de coin qui est greffé sur le poteau. Il sert de substitut de poteau élargi (à gauche) lequel est formé d'une seule pièce, allant en s'élargissant vers le haut de façon à mieux soutenir les bois du dessus.
Les poteaux élargis se rencontrent couramment à Caen, Louviers, Honfleur et tout particulièrement à Pont Levêque où ils règnent en maître. Ils présentent toutes les garanties de solidité pour supporter les pièces situées au dessus, mais peu à peu ( en particulier à cause de la difficulté à se procurer des gros bois) et d'un façon variable selon les régions, on est passé au pigeâtre. Celui-ci est moins solide mais on compense en multipliant les points d'appui et en plaçant de très nombreux tenons.
La vallée de la Seine a beaucoup utilisé les pigeâtres seuls (sans autre appui pour le débord) et ceci explique pourquoi les encorbellements de notre région sont souvent peu saillants (1 pied maximum) en règle générale: en effet pour ne pas être trop fragile, le débord ne peut être plus grand avec un pigeâtre pour seul support.

 

Encorbellement sur solives

On utilise les solives débordantes pour monter les pans de bois: la sablière basse de l'étage supérieur (et le reste de l'ossature) repose sur les extrémités des solives qui sont alors apparentes.
L'encorbellement sur solives nécessite seulement deux sortes de bois, les sablières et les solives. C'est simple et bon marché. comparé aux autres procédés d'encorbellement : ici, la façade d'étage est posée sur le bout des solives alors qu'autrement (dans le cas des encorborbellements sur mur gouttereau) elle est emboîtée dans les sommiers.


Angle de la rue Malot et de la rue de la Boucherie ...

... cette maison a été détruite vers 1930
Dessin de AG Poulain

Rue Potard - ancien grenier à fourrage -

Encorbellement sur solives et corbeaux

Ce type d'encorbellement est courant (mais pas unique) en Allemagne et dans presque toute la France. Par contre, il est rare, voire exceptionnel en Normandie (sauf dans les maisons très modestes - cf ci-dessus, un grenier à fourrage), comme si les constructeurs normands n'admettaient pas que les extrémités des solives se voient à l'extérieur. Vernon n' a que de très rares exemples de ce type de construction à montrer.

Encorbellement sur sommiers

Au contraire de l'encorbellement sur solives, celui sur sommiers est inconnu en Angleterre, usuel en Allemagne, très courant dans l'Est de la France, et c'est la seule méthode employée en Normandie (sauf les exceptions vues ci-dessus)
La sablière basse de l'étage supérieur (et le reste de l'ossature) est emboîtée sur les extrémités des sommiers..


Cliquer pour agrandir et rendre le schéma lisible

Les entretoises, pièces de bois courtes, placées entre les extrémités dépassantes des poutres, maintiennent l'écartement de ces pièces et aident au raidissement de l'ensemble en évitant tout déplacement latéral, et surtout en parant au fléchissement éventuel de la sablière de l'étage supérieur. Ces entretoises apparaissent vers 1400 - 1450.
Elles servent aussi à cacher le vide existant entre les deux sablières, dû à l'épaisseur de ces pièces et à l'importance du dépassement. (Elles sont presque toujours moulurées; ceci sera abordé en détail dans la partie consacrée au décor.)

 

Ce mode d' encorbellement dit 'en marches d'escalier' utilise trois sortes de bois, les sablières, les extrémités dépassantes des sommiers et les entretoises. Il engendre une succession d'angles droits qui, de profil, évoquent le profil de marches d'escalier, d'où son nom.

Rue Carnot - Encorbellement en marches d'escalier
Ce profil, heurtant la sensibilité esthétique de l'époque, on va réaliser un dégradé, en cassant les angles droits, pour donner l'illusion d'une seule pièce de bois découpée obliquement, interrompue seulement par les têtes dépassantes des sommiers


Rue Bourbon penthièvre- Maison du XVème siècle

On constate qu'ici on a bien la sablière basse de l'étage supérieur, soutenue par un sommier, soutenu lui-même par un pigeâtre, le tout étant relié par des entretoises.

 

 

 

Musée de Vernon, bâtiment XVème siècle
Rue Carnot

Ce type d'ecorbellement est le plus courant, mais les charpentiers ont créé un grand nombre de variantes: les pigeâtres sont remplacés par des corbeaux, la sablière de plancher est absente, les sommiers sont soutenus directement par les poteaux, avec l'aide d'un pigeâtre en lien droit, l'encorbellement en marche d'escalier n'a pas vu ses angles droits atténués, la moulure est absente, les entretoises sont absentes, etc...

Voilà qui est clair: la Normandie n'utilise presque que l'encorbellement sur sommiers et pas sur solives. Mais alors, que se passe-t-il pour les nombreuses maisons à pignon et celles en angle pour lesquelles l'encorbellement d'un des côtés est sur sommiers et l'autre forcément sur solives?

Ceux qui aiment et ceux qui n'aiment pas les encorbellements sur solives.

L'Angleterre ne connait guère que cette forme d'encorbellement: bien entendu, il existe des maisons à encorbellements sur murs goutteraux mais les charpentiers anglais 'bricolent' alors les façades de façon à ce que les encorbellements aient l'air d'être sur solives.

Dans cette maison d'époque Tudor en Angleterre, on remarque les encorbellements sur solives en façade sur les trois pignons, mais aussi sur le mur goutterau, là où on attendrait un encorbellement sur sommiers.

Inversement, en règle générale, les Normands 'bricolent' les encorbellements des façades sur pignon pour qu'ils n'aient pas l'air d'être sur solives !!

 

Une maison à Vernonnet (quartier sur la rive droite de la Seine) semble être l'exception (serait-ce celle qui confirme la règle ?)

Il s'agit d'une maison en encorbellement sur solives mais en rien d'une bâtisse modeste et bon marché comme pour les rares autres maisons avec un encorbellement de ce type. Pourquoi ce procédé d'encorbellement, tellement inhabituel ?

Une hypothèse: la maison pourrait avoir été construite par un charpentier anglais entre 1419 et 1449. Une maison de Lisieux pourrait nous donner une clé: il existait dans cette ville deux maisons de ce type (pas plus) et on sait que l'une d'elle (on ne dispose d'aucune information sur l'autre) a été construite par un charpentier anglais pendant l'occupation de la ville entre 1420 et 1450. On peut imaginer la même explication pour celle de notre ville...

Comme les Normands ne veulent pas de solives apparentes ils ont dû trouver des solutions pour l'éviter...

Solution 1 pour éviter ces solives apparentes: l'encorbellement sur faux sommiers
C'est solution la plus courante en Normandie.

Toutes les solives sont coupées court (donc ne sont pas visibles) sauf 2 ou 3, de plus grosse taille que les autres (une vingtaine de centimères de section), d'une forme spéciale, dite " en queue de billard" et qu'on appelle des fausses poutres ou faux sommiers. L'encorbellement est réalisé sur le dépassement de ces deux ou trois grosses solives spéciales qu'on appelle alors 'faux sommiers'.
Extérieurement, rien ne distingue cet encorbellement de celui sur vrais sommiers.


Notez la solive de forte taille assemblée par tenon et mortaise, au lieu d'être simplement posée sur le sommier comme le sont les autres.


A l'extérieur, l'encorbellement se fait sur cette grosse solive spéciale, dite "faux sommier".


solution 2 pour éviter ces solives apparentes: l' encorbellement sur coyer


Schéma d'un encorbellement sur coyer (vu de dessus)
Cliquer pour agrandir et voir la légende

Toujours pour de ne pas construire d'encorbellement sur solives apparentes, on créée un encorbellement sur sommiers de chaque côté de la maison. Pour ce faire, une poutre maîtresse appellée 'coyer' ou 'coyeau' est disposée en diagonale avec son extrémité qui arrive dans l'angle des deux façades. Sur cette poutre sont greffés à 45 ° de part et d'autre des sommiers qui se dirigent les uns vers le mur goutterau, les autres vers le pignon. Ce sont sur les extrémités de ces deux séries de sommiers débordants qu'est installé l'encorbellement.
Ce procédé assez complexe se rencontre en Basse Normandie, à Lisieux en particulier mais est inconnu dans la valléee de la Seine.


Encorbellement sur coyer à Lisieux. On voit la tête de poutre principale en diagonale juste dans l'angle. (maison disparue).

solution 3 pour éviter les solives apparentes: l'encorbellement sur pigeâtres

On coupe les solives court et on greffe un pigeâtre à l'extérieur sur le poteau; la sablière basse d'étage va alors reposer dessus.

Ce système est assez fragile car cette sablière tend à arracher le pigeâtre C'est pourquoi le poteau de l'étage inférieur est profondément échancré d'une très longue mortaise dans laquelle vient se loger le tenon du pigeâtre. C'est sur ce poteau inférieur ainsi artificiellement élargi que peut alors être posée la sablière basse de l'étage supérieur.


Cliquer pour agrandir et rendre le schéma lisible

Ce système, à peu près inconnu en Pays d'Auge, a été largement utilisé en Haute Normandie et particulièrement dans la vallée de Seine de Vernon à Rouen où on le trouve pour les maisons en angle de rue comme le musée ou le Temps Jadis.

 

 

Musée de Vernon - Encorbellement sur pigeâtres



Comparaison des encorbellements de la maison du Temps Jadis
Mur goutterau :remarquez la tête de sommier au dessus du pigeâtre (à gauche); pignon : l'absence de celle-ci , la sablière repose directement sur le pigeâtre (à droite)