Un peu d'histoire des idées pour commencer...

A few notes about the history of thought to start with...

Entre 1050 et 1250, nous assistons à un renversement des valeurs qui nous fait passer de l'antiquité finissante (ou même 'rénovée', comme le voulait Charlemagne) et du Très Haut Moyen Age à un âge nouveau dans lequel on voit naître le nôtre - naissance timide, humble fragile, étincelle fragile qu'un rien aurait pu éteindre. Avant ces dates, les lettrés pensaient que le monde vieillissait et allait se terminer, il convenait donc de le mépriser (Contemptus Mundi, écrivait-on alors) et n'accorder d'attention qu'au Jugement Dernier, si implacablement proche, qui allait condamner tant d'hommes à la damnation éternelle. Et à partir du début du XIème siècle, la machine de l'histoire se remet en marche avec une vue plus optimiste. Dieu a donné le monde aux hommes pour qu'ils l'habitent et y prospèrent : la vie sur la terre et les œuvres des hommes pour la transformer sont justes et bonnes. Ne crains plus le jour du Jugement, Dieu est avec toi et loue-le pour ses dons. Du coup, cette vision n'entraîne plus pessimisme ou 'Contemptus Mundi' mais entreprendre, nouveauté, initiative sont des mots nouveaux et à la mode.

Between 1050 and 1250, historians notice a reversal in values that moves men from late (or even 'renovated' as Charles the Great wanted to them to be) Ancient times and the Very High Middle Ages to a new age in which we can see ours being born. - a timid, humble birth, a fragile spark that so little could have blown out. Before these dates, learned people used to think that the world was decaying and that it was drawing tot its end. It was therefore wise to show contempt for it (Contemptus Mundi, they would write then) and to pay attention only to Doomsday, the day of the Last Judgment that was about to condemn so many men to eternal damnation. But from the early 11th.c onward, the machine of history is wound up again and it starts anew with some form of optimism. God gave the world to men for them to inhabit and prosper there: life on earth and the deeds of men are good and righteous. Dread Doomsday no longer, God is with you and praise Him for his gifts. Consequently, such a view no longer leads to pessimism and 'Contemptus Mundi' so that undertaking, novelty, initiative are the new words of the day.

L'architecture gothique, qui naît dans cette époque s'est développée dans un société pétrie de christianisme et a donc atteint sa perfection dans les églises.

Vers le XIIème siècle, tout un mouvement de pensée pousse à bâtir des églises plus hautes et plus claires que, sauf rares exceptions, les constructions romanes trapues. On a compris que le Christ n'est pas seulement le juge lointain (et terrible) des portails des églises romanes mais aussi un Dieu fait homme, avec une nature humaine. On adopte un point de vue rationnel de Dieu et on pense que la Divinité englobe de nombreux aspects tels que la lumière, la raison et les proportions. En même temps, on a redécouvert Platon et on l'a ré-interprété à la lumière de la pensée chrétienne: le néoplatonisme prétend que la contemplation de la beauté physique, de celle des objets, donc de celle d'un bâtiment ecclésial permet par analogie d'appréhender les beautés des réalités supérieures et divines. De plus, une des idées conductrices de la pensée néoplatonicienne est que la lumière est un symbole de l'Absolu, donc de Dieu pour les chrétiens.

Les théologiens médiévaux nous disent que l'église - le bâtiment- est une représentation visible de réalités spirituelles et invisibles qui est le témoin de la présence de Dieu. L'église gothique donc doit évoquer à ceux qui s'y trouvent la Jérusalem Céleste, la Cité de Dieu, elle doit avoir une apparence extra-ordinaire qui va au delà des limitations de l'objet matériel fait de pierre. Telle est la conception médiévale de la réalité transcendante, le but réel de l'architecture. La verticalité sans cesse accentuée dans l'architecture des 12ème et 13ème siècles, poussée plus tard jusqu'au point de rupture physique de la matière ne résulte donc pas uniquement d'un goût pour la prouesse technique.

Voir cependant la page consacrée à la cathédrale de Beauvais, cathédrale de tous les records.

Gothic architecture, that was born at this time, developed in a society steeped in Christianity and had therefore attained perfection in churches.

Towards the 12th century a movement of thought urges architectural designers to build higher and better lighted churches than, except rare examples, the sturdy Romanesque constructions. Christ was recognized not only as the unattainable (and awful) God’s judge as seen on Romanesque portals but also as a God who became a man with a human nature. Clerics and divines began adopting a more rational concept of God: they felt that He encompassed numerous aspects such as light, reason and proportion. At the same time, they discovered Plato and re-interpreted his work in the light of Christian thought: neo-platonism maintains that contemplating physical beauty, that of objects, thus that of a sanctuary, enables you to apprehend the beauty of higher and divine realities. Moreover, one of the leading ideas of neo-platonic thought is that light is a symbol of the Absolute, hence of God for a Christian.

Medieval theologists tell us that church buildings are visible representations of invisible, spiritual realities, witnessing to the presence of God. As a result, a Gothic church will evoke the New Jerusalem, the City of God to those who see it. Its appearance must be out of the common, far beyond the limitations of a stone-made object. Such is the medieval concept of transcendent reality, the actual purpose of architecture. An ever more developed sense of sense of verticality in 12th and 13th century architecture, extended beyond the ultimate mechanical properties of materials; such a sense of verticality is not only the result of a mere taste for technical feats.

See however the page dedicated to Beauvais, the cathedral of world records.

La nouvelle architecture permet de montrer une image de la Jérusalem Céleste et grâce aux vitraux une approche de Dieu. Le vitrail est une image de la Lumière divine, image qui a pour fonction d'élever l'esprit humain jusqu'à la divinité. Les théologiens, dès le 12ème siècle, insistent d'ailleurs sur le rôle de la lumière: "Les fenêtres vitrées par lesquelles se transmet la lumière du soleil signifient les Saintes Ecritures qui repoussent le nom du mal, tout en nous illuminant. " (Pierre de Roissy à Chartres, 1200) "Les fenêtres sont les Ecritures divines qui versent la clarté du soleil, c.a.d. de Dieu dans l'Eglise, c.a.d. dans le cœur des fidèles tout en les illuminant " (Durand, évêque de Mende, 13ème siècle).

S'arrêtant un instant sur les théories esthétiques de l'époque, il peut sembler intéressant de noter cette pensée de Saint Thomas d'Aquin ( bien qu'elle soit un peu postérieure) citée dans Le plaisir au Moyen Age, par Jean Verdon :"Trois conditions sont nécessaires à la beauté. D'abord assurément l'intégrité ou la perfection, car les choses incomplètes sont laides. Puis la juste proportion ou harmonie. Enfin la clarté, parce que les choses qui ont une couleur brillante sont dites belles." Jean Verdon conclut en disant :" La notion de beauté est donc ramenée aux notions de perfection, de proportion et de lumière."

Mais c'est précisément ce que les églises gothiques cherchent à montrer, surtout quand on se souvient que pour Jean Scot, Franciscain du XIIIème siècle, la vision du beau est toujours explicitement rapportée à la beauté divine.

The new architecture makes it possible to show an image of Heavenly Jerusalem and, thanks to stained glass windows, an approach to God. Stained glass is an image of divine Light, an image meant to elevate the soul of a man to the presence of God. As early as the12th century, theologians insist on the role of light: "The glass windows through which sunlight shines mean the Holy Scriptures that drive off the Evil, while illuminating us". (Pierre de Roissy at Chartres, 1200). "Windows are the Holy Scriptures that shed the light of the sun, i.e. of God, into the church, i.e. into the heart of the congregation". (Durand, Bishop of Mende, 13th c.)

Pondering over the aesthetic theories of the time, it might be interesting to refer to saint Thomas Aquinas ( though his work is slightly later) who wrote ( quoted in Le plaisir au Moyen Age, par Jean Verdon) : "Three conditions are required for beauty. First, assuredly, completeness or perfection, because incomplete things are ugly. Then true proportions or harmony. Finally, light, because those things that have shining colours are said to be beautiful." Jean Verdon concludes saying :" The notion of beauty is therefore reduced to the notions of perfection, proportion and light."

But this is actually what Gothic churches try to show, especially when one remembers that for John Duns Scot,(a 13th c. friar) watching the beautiful is always explicitly linked with divine beauty.

Lumière - Light


Verticalité - Verticality

Verticalité, proportion et lumière sont des objectifs conjoints aidant à faire monter le regard vers le ciel où doit se réaliser la plénitude de la destinée humaine.
De plus, l'église gothique est symboliquement l'expression concrète et mesurable d'un monde ordonné de bas en haut, de la terre vers le ciel.

Cette structure monumentale, dont les dimensions dépassent toutes celles des bâtiments avoisinants, est le témoin de ce désir de visibilité accrue qui caractérise la société du Moyen-Age à partir du 12ème siècle. Elle est à mettre en parallèle avec la. revendication de plus en plus ouverte des fidèles de voir l'hostie au moment de la consécration. L'Elévation de l'hostie se pratique depuis la moitié du 12ème siècle et est fixée par un précepte Synodal de 1208.

Verticality, proportion and light are objectives that are linked together to help the eyes and the mind gaze up towards Heaven where human destiny is to be fully accomplished.
Moreover, a Gothic church is symbolically the concrete representation of a world arranged from bottom to top, from earth to Heaven.

The mighty edifice, which, in medieval times, towers high above all the neighbouring buildings, bears witness to the craving for better seeing and being better seen that medieval society has been displaying since the 12th century. It can be paralleled with the congregations's open claims for seing the Host during Elevation. Elevation of the Host has existed since around 1150s and was finally set by a Synodal conference in 1208.

Pour terminer, (on en sentira cependant l'effet surtout au 15ème siècle) ne pas oublier le développement d'une bourgeoisie urbaine qui désire des églises toujours plus hautes, toujours plus belles et plus ornées qui reflètent leur statut social et leur puissance économique.

Finally, (though it will not be fully felt before the 15th century), do not forget the development of urban middle classes who wanted higher, more beautiful and more ornate church fabrics that would reflect their growing power and social position.

 

Quelques pages plus pointues pour les curieux, les spécialistes et les autres aussi...
A few pages for amateurs and others...
Le symbolisme de l'église / Church symbolism

La genèse du gothique / Genesis of Gothic architecture:

Quelques pistes pour dater un édifice gothique / A few ways to give a Gothic building a date.

Le gothique flamboyant / 'Flamboyant' gothic

Pourquoi ce nom de 'Gothique'? / Why is it called 'Gothic'?

 
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