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Le symbolisme des églises

S'il est vrai que l'homme moderne est convaincu par des arguments logiques et rationnels, les hommes du Moyen Age concevaient la réalité à travers l'imagination et les arts, en utilisant des images, des comparaisons et des symboles.

Le symbole est une réalité visible ou sensible qui «représente» (rend présente) une autre réalité d’ordre moins visible, moins sensible et, en général plus spirituelle, plus élevée ou plus profonde avec laquelle elle a une correspondance analogique naturelle.

En même temps, les églises médiévales (les cathédrales en premier lieu, mais aussi les églises paroissiales) exprimaient et reflétaient cette idée que le monde est la création de Dieu. On pensait que chaque église était la maison de Dieu et la représentation terrestre de la Jérusalem Céleste, telle que Saint Jean la décrit dans l'Apocalypse.


On peut citer quelques versets de l'Apocalypse pour commencer.

"Le trône de Dieu sera dans la Ville." (22,3)

L'église s'élève bien plus haut que tous les autres bâtiments. Elle est d'un point de vue géographique et architectural le centre de la cité et toutes les autres institutions humaines lui sont secondaires.

 

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"Le mur de la Cité repose sur douze fondations, et chacune porte le nom d'un des douze Apôtres de l'Agneau." (21,14)

A partir du XIIIème siècle, il n'était pas rare de placer des statues des Apôtres contre les colonnes pour rappeler ce passage de l'Apocalypse et un autre de Saint Paul.

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"La muraille est en jaspe, et la Cité est d'or pur, aussi claire que le verre. La muraille est ornée de toutes sortes de pierres précieuses." (21,19)

Les immenses verrières des églises gothiques sont l'équivalent de ces pierres précieuses. Il faut se souvenir que le verre était un produit de très grand luxe avant le XVIème siècle (par exemple seuls les plus riches avaient des vitres à leurs fenêtres). Par conséquent, il va sans dire que les verrières des églises étaient des objets luxueux pratiquement aussi coûteux que des pierres précieuses.
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"La voix que j'entendis était semblable à celle de joueurs de harpe. Et ils chantent un chant nouveau devant le Trône." (14,2 et 3)

Les anges musiciens sont présents dans toutes les églises du XVème siècle. On en trouve plusieurs représentations dans celle de Vernon.
Aller plus loin sur ce sujet

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Chaque élément, chaque partie du bâtiment pouvait être analysé en termes de symboles. (Il est évident que ceci n'est plus possible du fait des travaux de restauration, de nouvelles constructions et des transformations qui ont modifié les plans d'origine.) De plus, nous, hommes du XXIème siècle, avons presque totalement perdu ce sens du symbolique, bien qu'on puisse encore déchiffrer de nombreux symboles dans une église.

 

Jetons un oeil sur ces quelques symboles

pour commencer, l'orientation:
L'église était 'orientée', c.a.d. le choeur où se trouve le maître autel pointe (plus ou moins exactement) vers l'est (vers Jérusalem, en théorie). Il est inutile de discuter pour savoir s'il s'agit là d'une persistance d'un ancien culte solaire ou si l'origine se trouve chez l'empereur Constantin; le fait est que cette pratique a duré pendant tout le Moyen-Age.

Orienté vers le soleil levant, ce vitrail illustre un verset de l'évangile selon St Jean : " Je suis la lumière du monde ". L'éclat rayonnant des couleurs rouges et jaunes de ce vitrail éclairé par le soleil levant est particulièrement remarquable.

 

 

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Par contre, le porche sur la façade ouest fait face au soleil couchant et oriente les pensées des hommes vers la fin de leur vie. (C'est pourquoi tant d'églises ont une magnifique sculpture du Jugement Dernier sur le porche ouest.)

 

Puis, le plan au sol :

Les architectes et les bâtisseurs médiévaux suivaient l'enseignement de l'apôtre Paul qui disait que l'"ekklesia" est semblable au corps humain et les plus cultivés d'entre eux évoquaient aussi l'architecte romain Vitruve qui prônait de semblables idées architecturales. De plus, la vie du chrétien devait s'ordonner autour de la personne et de l'oeuvre du Christ si bien que les églises - sauf les plus petites- étaient bâties en forme de croix. Ainsi, la nef symbolisait le corps et les jambes du Christ sur la Croix, le transept ses bras étendus et le choeur sa tête. Dans quelques cas, la similitude a été poussée jusqu'à construire le choeur légèrement en dehors de l'axe longitudinal pour évoquer la tête penchée du Christ mort sur sa croix.

A Vernon, le plan en forme de croix n'est pas facile à lire car les bras du transept ne débordent pas à l'extérieur, mais la forme de la croix est bien présente.

 

Organisation verticale de l'église: nef, tour ou flèche et crypte.
La plupart des grandes églises sont construites sur une crypte; toutes ont des tours, des flèches ou des clochers. On interprétait ces trois catégories d'une façon symbolique: au Moyen-Age, les théologiens voyaient trois aspects dans l'Eglise chrétienne. L'Eglise Triomphante (les saints déjà au Ciel après une vie exemplaire), l'Eglise Militante (ceux comme nous qui sont sur la terre) et l'Eglise Souffrante (les morts qui n'ont pas vécu assez saintement pour aller directement au Paradis et qui sont au Purgatoire en attentant que leurs péchés soient effacés.)

 

Logiquement, ces trois Eglises se retrouvent dans la structure du bâtiment : les tours et les clochers dressés vers le ciel suggèrent l'Eglise Triomphante. Au niveau du sol on trouve l'Eglise Militante (avec ces gens luttant contre le péché jour après jour). Enfin, la crypte représente l'Eglise souffrante (ou le Purgatoire).

 

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La tour monte vers le ciel


Elevation de la nef sur trois étages::

La construction sur trois étages de l'espace intérieur (grandes arcades inférieures, triforium, fenêtres hautes) correspondait à la hiérarchie sociale (les trois ordres, à savoir le clergé, les chevaliers, et les paysans) qu'on rapprochait aussi de la hiérarchie céleste telle que les manuscrits la dessinent ( Les sept sphères du ciel, la hiérarchie ternaire des anges, etc.)

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Nombres:
Dans toute cette symbolique, l'interprétation mystique des nombres joue un grand rôle. Il y avait les douze apôtres, donc chaque fois que c'était techniquement possible le choeur était fermé par douze colonnes; les cathédrales avaient trois portes principales, exactement le nombre de la SainteTrinité, six représentait la perfection et l'achèvement ( 6 est un nombre parfait, car il est égal à la somme de ses diviseurs, 1, 2,3.). C'est pourquoi la forme hexagonale (octogonale parfois aussi ) semblait la meilleure pour des fonts baptismaux. Naturellement, cinq évoque les plaies du Christ alors que dix, nombre des commandements, est un nombre de l'Ancien Testament, etc...

 

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Fonts baptismaux de forme hexagonale
- 15ème siècle

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Vitrail du Rosaire

Le symbolisme se retrouve dans le vitrail moderne (1994) du Rosaire.
Cette verrière évoque le Rosaire c.a.d. les quinze ( 3*5!) Mystères de la vie du Christ. On médite chaque Mystère en récitant dix Ave Maria, symbolisés sur le vitrail par des groupes de dix taches blanches D'après les formes et les couleurs on peut noter :
* en bas : les 5 mystères joyeux (dominantes jaunes) ;
* au centre : les 5 mystères douloureux (dominantes grises) ;
* au-dessus : les 5 mystères glorieux (dominantes bleues).
Dans le haut du vitrail, les pétales de roses font allusion aux prières dédiées à la Vierge, car, au Moyen Age, on couronnait de roses ses statues.

.Quelques autres symboles:
Pour les théologiens médiévaux, chaque détail de la construction, même les plus petits, avait une signification spéciale: par exemple, la toiture représentait la Charité qui recouvre une multitude de péchés; la voûte signifiait le prédicateur qui exerce une poussée sur le poids mort des faiblesses de l'homme; les colonnes et les piliers faisaient penser aux apôtres, aux évêques et aux docteurs de l'Eglise; le pavage symbolisait la solidité de la foi ou bien l'humilité des pauvres, etc...

Il est un autre symbole apparent dans la rosace de la collégiale: ici la rose est inscrite dans un carré. "La leçon spirituelle est claire", écrit Barron, un théologien américain." Le cercle parfait au milieu du carré symbolise l'Incarnation, le Verbe fait chair et la perfection du Fils de Dieu."

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Il est certain que le symbolisme - souvent outré et excesssif - restait inaccessible à presque tous les gens. D'autres symboles, surtout ceux ayant un rapport avec les saints, étaient plus familiers; chaque saint avait un emblème, un signe ou un symbole par lequel on pouvait reconnaître le saint en question: la coquille de Saint Jacques, la croix de Saint André ou le roue de Sainte Catherine d'Alexandrie..


St Catherine d' Alexandrie
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Détail de St Dominique recevant le Rosaire des mains de la Vierge 12

Regardons le tableau de Claude Vignon (Saint Dominique recevant le rosaire des mains de la Vierge): il fut peint à une époque où le symbolisme n'était plus une réalité vivante et pourtant on peut voir en bas plusieurs symboles: un lis, symbole de pureté, une torche enflammée qui signifie la vérité et un chien. Ce dernier pourrait être le symbole de la fidélité, mais il a sens spécial dans le cas de St Dominique: l'animal illustre un jeu de mots. En effet, les moines Dominicains s'appellent 'Dominicani' en latin. Coupé en deux, ce mot devient 'domini cani' et signifie 'le chien du Seigneur' et c'est pourquoi le Pape Honorius III a fait la remarque qu'avec un tel nom, l'ordre des Dominicains serait alors "le chien de garde du Seigneur", d'où la représentation fréquente par les peintres d'un chien près du saint.

 

Quelques pages plus pointues pour les curieux, les spécialistes et les autres aussi...

Le symbolisme de l'église cette page

 

La genèse du gothique :

Quelques pistes pour dater un édifice gothique

Le gothique flamboyant

Pourquoi ce nom de 'Gothique'?


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